LETTRE OUVERTE AUX ARTISTES FRANCO-CONGOLAIS, BELGO-CONGOLAIS ET À LEURS FRÈRES ET SŒURS DE MUSIQUE

Tourbières du bassin du Congo : votre voix peut contribuer à transmettre ce patrimoine aux générations futures

Philippe Assompi

9/15/20264 min read

Gims, Youssoupha, Passi, Damso, Dadju, Ninho, Niska, Naza, KeBlack, Tiakola, SDM, Shay, Abd Al Malik, Singuila, Bramsito, Gazo, Sista Becky, Kery James, Gradur, Koba LaD et à toutes celles et ceux qui se reconnaîtront dans cet appel,

L’OPET-BC - Organisation pour la Protection, la Préservation et la Promotion de l’Écosystème des Tourbières du Bassin du Congo - s’adresse aujourd’hui à vous à travers « Le Souffle du Congo - Un hymne pour les tourbières du bassin du Congo ».

Notre ambition est de faire sortir la connaissance des tourbières du Congo du cercle des initiés pour en faire une cause comprise, partagée et portée par les Congolais, leurs diasporas et, au-delà, par tous ceux que concerne l’avenir du climat.

Sous les forêts de la République du Congo et de la République démocratique du Congo se trouve l’un des plus vastes complexes de tourbières tropicales au monde.

Vieilles de plus de 10 000 ans, elles se sont constituées naturellement au fil des millénaires. Elles renferment une quantité considérable de carbone et leur préservation constitue un enjeu qui dépasse largement les frontières des deux Congo.

Mais leur histoire nous enseigne aussi quelque chose d’essentiel :

ce que la nature a mis des millénaires à constituer ne peut être confié uniquement au temps court des décisions institutionnelles.

Il existe une différence fondamentale entre exploiter une ressource et préserver un écosystème.

L’exploitation pétrolière, minière ou forestière repose principalement sur des concessions, des contrats et des accords entre États et opérateurs économiques. La préservation d’un écosystème comme celui des tourbières obéit à une autre logique : elle suppose que les populations vivant sur ces territoires puissent durablement vivre en harmonie avec leur environnement, comprendre sa valeur et avoir elles-mêmes intérêt à le préserver.

Une ressource peut s’exploiter par contrat. Un écosystème ne peut se préserver durablement sans l’adhésion de ceux qui y vivent.

C’est pourquoi l’OPET-BC considère que la meilleure protection à long terme repose aussi sur un peuple informé, éduqué et conscient de la valeur de son patrimoine, capable d’en transmettre la connaissance, la responsabilité et la protection d’une génération à l’autre.

Cette question est particulièrement importante dans des sociétés où l’État demeure souvent perçu comme l’acteur central de la décision et de la redistribution. Lorsque décisions et financements sont excessivement concentrés, les populations risquent d’être maintenues à distance de la gouvernance de leur propre patrimoine et les risques de mauvaise gestion ou de captation des ressources augmentent.

Nous défendons une autre conception : faire des populations non pas les spectatrices de la protection des tourbières, mais ses actrices.

Cela passe par l’éducation dès l’école, la transmission intergénérationnelle, l’implication de la société civile, la formation et la création d’activités économiques compatibles avec la préservation de l’environnement.

Car il existe une autre exigence fondamentale.

Protéger le climat, oui. Mais avec les Congolais, et aussi pour les Congolais.

On ne peut demander aux populations congolaises de protéger au bénéfice du climat mondial une richesse naturelle exceptionnelle sans que cette protection contribue également à améliorer leurs conditions de vie.

Investissements durables, entrepreneuriat local, formation et emplois doivent pouvoir accompagner la préservation de cet écosystème.

C’est pourquoi l’OPET-BC défend la création d’un fonds placé sous l’égide des Nations unies, consacré à la protection des tourbières du bassin du Congo et dont la gouvernance donnerait une place déterminante à la société civile congolaise.

Les financements internationaux destinés à protéger les tourbières doivent produire des résultats vérifiables pour l’écosystème, mais également contribuer au développement des territoires et des populations qui en sont les premiers gardiens.

Pourquoi nous nous adressons à vous, artistes

Parce qu’aucune politique de protection ne pourra véritablement s’inscrire dans les générations si la population, et particulièrement la jeunesse, ne connaît pas ce patrimoine.

Et parce que vous possédez quelque chose qu’aucune institution ne peut décréter : la capacité de parler directement à des millions de jeunes.

Vous pouvez faire parvenir en quelques minutes une idée là où un rapport scientifique, une conférence internationale ou une campagne institutionnelle met parfois des années à arriver.

C’est la raison d’être du « Souffle du Congo ».

Nous ne vous demandons pas simplement de soutenir ou de partager une chanson.

Nous vous invitons à devenir les passeurs de ce souffle.

À utiliser votre voix et votre influence pour contribuer à faire connaître les tourbières, à sensibiliser une génération et à entraîner progressivement d’autres artistes dans cette mobilisation.

Imaginez ce que pourrait représenter la réunion d’artistes issus des deux Congo autour d’une même cause : une jeunesse sensibilisée, une diaspora rassemblée et des millions de voix capables de rappeler aux décideurs que la protection des tourbières ne se fera durablement ni sans les populations ni contre leurs intérêts.

Ce mouvement pourrait ensuite dépasser les diasporas congolaises et rejoindre tous les artistes qui considèrent que la protection du climat et la dignité des populations doivent avancer ensemble.

La science nous permet de comprendre.
L’éducation permet de transmettre.
La musique peut rassembler et éveiller les consciences.

À vous qui avez reçu le pouvoir de faire entendre votre voix bien au-delà des frontières, nous lançons aujourd’hui cet appel :

Devenez les passeurs du Souffle du Congo.

Parce que ces tourbières ont traversé plus de 10 000 ans d’histoire, notre responsabilité est de permettre aux générations qui nous suivront de les recevoir à leur tour.

Philippe Assompi
Président de l’OPET-BC
Organisation pour la Protection, la Préservation et la Promotion de l’Écosystème des Tourbières du Bassin du Congo

LE SOUFFLE DU CONGO
Un hymne pour les tourbières du bassin du Congo
Une initiative culturelle et environnementale de l’OPET-BC

« Un seul oxygène, une seule humanité »