Bassin et tourbières du Congo : Ce géant écologique est menacé, sauvons ce trésor mondial !
Les forêts du bassin du Congo, qui s’étendent sur six pays, le Cameroun, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, la République du Congo, le Gabon et la Guinée équatoriale, constituent le deuxième poumon forestier de la planète. À elles seules, les deux Congo en abritent 75 %, dont 63 % en République démocratique du Congo et 12 % en République du Congo. Leurs tourbières, vieilles de 14 000 ans, stockent près de 30 milliards de tonnes de CO₂, soit l’équivalent de trois années d’émissions mondiales de combustibles fossiles. Les protéger, c’est préserver un puits de carbone vital et, au-delà du bassin du Congo, l’équilibre climatique de toute la planète.
Philippe Assompi
4/20/20264 min read


Pourtant, ce patrimoine d’une valeur inestimable demeure sous pression. Entre intérêts économiques, héritages coloniaux et inerties politiques, la question centrale n’est plus seulement environnementale : elle est aussi géopolitique, identitaire et culturelle. À ce titre, le rôle des afrodescendants, notamment en Europe, devient déterminant.
Un trésor écologique mondial sous menace
Le bassin du Congo est bien plus qu’une forêt. C’est un régulateur climatique global, un sanctuaire de biodiversité et une source de vie pour des millions de personnes. Ses tourbières, véritables coffres-forts de carbone, représentent un rempart naturel contre l’accélération du réchauffement climatique.
Mais aujourd’hui, ces écosystèmes sont fragilisés par des logiques extractives et des intérêts privés. Exploitation forestière, projets pétroliers, agriculture intensive : les pressions s’accumulent dans un contexte où la gouvernance reste souvent opaque. Des institutions comme l’Agence française de développement ( AFD ) jouent un rôle majeur, suscitant interrogations et critiques quant à la transparence et à l’équilibre des décisions prises.
Face à ces enjeux, il ne s’agit plus seulement de protéger la forêt, mais de redéfinir qui en est réellement le gardien.
Paris et Bruxelles : centres de décision invisibles
La réalité est difficile à ignorer : pour les deux Congo, la “communauté internationale” se joue en grande partie à Paris et Bruxelles. Ces capitales continuent d’exercer une influence décisive sur les politiques économiques et environnementales de leurs anciennes colonies : Kinshasa et Brazzaville.
Ce déséquilibre limite considérablement la souveraineté des États concernés. Les décisions cruciales concernant le bassin du Congo sont souvent prises ou influencées à des milliers de kilomètres, loin des populations directement concernées.
Cependant, un nouveau levier de pouvoir émerge : celui de l’opinion publique européenne. Et c’est précisément là que les diasporas afrodescendantes entrent en jeu.
Afrodescendants : de spectateurs à acteurs
Afrodescendants, une question essentielle se pose : comment rester silencieux alors que les forêts de vos ancêtres sont gérées par d’autres ?
Le silence n’est pas neutre. Il devient une forme de renoncement. Tant que vous ne vous positionnez pas comme les défenseurs de votre héritage, d’autres continueront à décider à votre place.
Cette responsabilité est d’autant plus forte que les diasporas africaines en Europe disposent aujourd’hui d’un pouvoir d’influence inédit. Elles participent activement à la construction des récits médiatiques, culturels et politiques.
S’engager pour le bassin du Congo, ce n’est pas seulement défendre une forêt. C’est affirmer une dignité, une mémoire et une souveraineté.
Le rôle clé des figures culturelles
Quand on s’appelle Damso, Maître Gims, Passi ou Youssoupha, pour ne citer que ceux-là, on ne se limite plus à une carrière artistique. On devient une voix, une influence, un levier.
Ces artistes façonnent l’opinion publique européenne, notamment celle des jeunes générations. Leur engagement pourrait transformer radicalement la perception du bassin du Congo, en le positionnant comme un enjeu mondial prioritaire.
Pourquoi n’être qu’un ambassadeur d’un État, de la République Démocratique du Congo ou de la République du Congo, quand on peut incarner une cause universelle, “Ambassadeur du Bassin Forestier du Congo” ?
L’exemple de Michael Jackson avec Earth Song reste emblématique. Bien avant l’heure, il portait un message global pour la planète, mobilisant les consciences à travers la musique. Cette capacité à sensibiliser au-delà des frontières est aujourd’hui plus nécessaire que jamais.
Vers une gouvernance transparente et citoyenne
La protection du bassin du Congo nécessite une rupture avec les modèles actuels. La transparence doit devenir une exigence non négociable.
Une solution concrète serait la création d’un fonds onusien dédié, géré directement par la société civile. Une telle structure garantirait une indépendance vis-à-vis des intérêts étatiques ou privés, tout en favorisant l’implication des populations locales.
Chaque Congolais pourrait ainsi devenir un véritable gardien de cet écosystème. Cette responsabilisation citoyenne est essentielle pour assurer une transmission intergénérationnelle durable.
Car au fond, personne ne protège mieux un patrimoine que ceux qui s’y identifient profondément.
La diaspora comme levier contre le racisme
L’engagement des afrodescendants pour le développement et la protection de l’Afrique dépasse largement le cadre environnemental. Il constitue également une réponse stratégique au racisme en Europe.
En contribuant activement à la transformation du continent, la diaspora modifie les rapports de force symboliques. Elle impose une nouvelle image : celle d’acteurs responsables, influents, indispensables et légitimes.
Le respect ne se décrète pas. Il se construit. Et il passe aussi par la capacité à défendre ses racines.
Transformer les flux historiques en levier d’opportunités et de pont Afrique–Europe
La fin progressive du modèle de la Françafrique ouvre la voie à une réorientation du dynamisme économique vers de nouveaux acteurs. Les afrodescendants et la diaspora, en tant que lien naturel entre l’Afrique et l’Europe, peuvent occuper une place centrale dans la création d’opportunités, de vocations et de nouvelles dynamiques de développement fondées sur leur légitimité historique et culturelle.
Diaspora : le nouveau souffle vert
Le déclin du modèle de la Françafrique libère un espace stratégique pour de nouveaux acteurs du dynamisme économique. À la croisée de l’Afrique et de l’Europe, les afrodescendants et les diasporas s'imposent comme les architectes naturels d'un développement fondé sur leur double culture et une légitimité historique renouvelée. À l'instar d'autres diasporas mondiales, leur potentiel reste un levier majeur pour structurer ce pont intercontinental. L'enjeu climatique en est le catalyseur : la préservation et la valorisation des tourbières du bassin du Congo offrent aujourd'hui une opportunité inédite de leadership économique vert.
Saisissez la.
Le bassin du Congo n’est pas seulement un enjeu africain. C’est un pilier de l’équilibre climatique mondial. Pourtant, son avenir se joue encore trop souvent loin de ses terres.
Face à cette réalité, une mobilisation s’impose. Celle des États, bien sûr, mais surtout celle des peuples et des diasporas.
Afrodescendants, vous avez aujourd’hui un pouvoir unique : celui d’influencer les centres de décision tout en restant connectés à vos origines. Refuser d’agir, c’est accepter que d’autres définissent votre avenir.
Agir, en revanche, c’est reprendre le contrôle. C’est protéger un héritage commun. Et c’est, surtout, empêcher que ce poumon vital de la planète ne soit définitivement asphyxié.
Philippe Assompi
Président de l'OPET-BC


